Theatre A présente "Brouillages"

Texte et mise en scène Armel Veilhan. Avec Geneviève Brunet, Violaine Phavorin, Nessim Kahloul, Marie Fortuit, Serge Gaborieau, Laurent Le Doyen, Marie Normand, Raphael Poli. Lumière: Jacques-Benoit Dardant, Scénographie: Hélène Chambron.

10 mai 2008

Notes de l'auteur

Espoir et Décadence

En 1977, avec le recul de près de quarante ans, pressée par l’angoisse de la jeune Lou, Lise revient sur le passé qui la hante : celui de son pays, de sa famille, de la troupe à laquelle elle appartenait avec son mari Adrien, Fernando le régisseur qui, comme elle, est resté fidèle à l’engagement de sa jeunesse.

1938, 1977, deux temps se croisent, s’enchevêtrent entre l’action d’hier et celle de deux femmes séparées par trois générations.

Tout se déroule dans l’oeil subjectif de Lise. J’ai essayé d’affirmer le mouvement d’ “Une scène jouée dans la mémoire”: un théâtre qui rejoint la vie en rêve, du côté du sensible et de l’invisible.

« J’ai tant de questions encore » conclue Lou hébétée par le destin des personnages qui ont pris corps sous ses yeux.

Car au-delà du naufrage d’Adrien, de sa "tentation fasciste", ce sont bien les femmes qui m’ont porté. Aux forces de mort qui détruisent Adrien, elles opposent un secret de vie que même le chagrin et la douleur ne semblent complètement altérer.

Loin des idéologies, au-dessus des clameurs, elles élèvent une mélodie charnelle et amoureuse dont l’écoute force le cœur des hommes à retrouver leur humanité perdue.

Ce sont elles, en définitive, les personnages principaux.

Et c’est bien le symbole de notre République menacée que Julia incarne tout particulièrement dans sa générosité prodigue et sa fécondité. Allégorie ? Oui, mais encore lui faudra-t-elle fuir son pays où elle ne trouve plus sa place. Pour sauver l’enfant, elle devra s’exiler avec le fils bafoué, sacrifié, Raphaël. Elle ne croit pas si bien faire puisque ce sont bien les propres enfants de la République qui seront bientôt livrés aux nazis.

La République n’était pas morte, seulement en exil ? Elle attendait patiemment de revenir après le cyclone ? Encore faut-il se demander si elle s’est jamais vraiment remise de Vichy, de « Ce passé qui ne passe pas » ? La question reste entière aujourd’hui.

Cette identité française ici portée par l’Étrangère, Lise (est-elle Russe ? ), muse éclairée de la poésie et du théâtre. « Tu as toujours tout fait pour la troupe et pour le parti… » dit Fernando à Lise, à juste titre.

Après la vie de Jean Sénac et la jeunesse de Charlotte Delbo, il m’a semblé naturel de leur rendre hommage par le théâtre même, c’est-à-dire la fiction, la fable. Ce sont les personnages de fiction qui m’ont transporté dans la réalité de l’époque que je rumine, comme Lou, depuis tant d’années, au prise avec ma propre mémoire.

Posté par armel veilhan à 11:51 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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